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lundi 14 septembre 2026
Antananarivo | 21h46
 

Editorial

Allô, les intellos ?

lundi 14 septembre | Ndimby A., Patrick A. |  635 visites  | 7 commentaires 

Alors qu’on s’achemine cahin-caha vers une Conférence nationale censée mettre fin aux crises systémiques, on pourrait s’étonner que les intellectuels ne soient pas conviés par la Refondation en tant que groupe distinct au dialogue politique actuel.

Il n’y a cependant pas de quoi vraiment surprendre : dans un pouvoir dominé par l’armée et des personnes ayant passé l’essentiel de leur existence dans le secteur public ou politique, la logique est celle d’une suprématie non contestable du Fanjakana et il y a déjà des difficultés à saisir l’existence d’une véritable distinction entre monde politique et société civile. Alors, ajouter une nuance supplémentaire avec des intellectuels réfléchissant individuellement semble un peu au dessus de telles forces [1].

Nous utilisons le terme d’intellectuels dans un sens large : ceux qui, grâce à leur savoir, leur expertise ou leur capacité d’analyse, produisent des idées destinées à éclairer le débat public. [2]Depuis des années, plusieurs d’entre eux ont développé une véritable expertise sur le caractère crisogène de la pratique politique à Madagascar. Une synthèse de leurs travaux pourrait donc éclairer utilement les réflexions pour la Refondation. On citera à titre d’exemple ceux qui permettent une lecture transversale des facteurs de crise à Madagascar : D’une crise à l’autre et La déliquescence (Sefafi) ; Zafy, Ratsiraka, Ravalomanana (Jeannot Rasoloarison) ; L’énigme et le paradoxe et Madagascar, d’une crise à l’autre (Michel Roubaud, Mireille Razafindrakoto et Jean-Michel Wachsberger), ainsi que le numéro 251 de la revue Afrique contemporaine dont le dossier était dédié à l’anatomie d’un état de crise à Madagascar. L’actualité des derniers mois a également vu des productions qui méritent d’être mentionnées : Abolir l’État sans conscience (Dr Ketakandriana Rafitoson), La capture de l’État (Brice Lejamble) et Le façonnement de l’État en postcolonie indianocéanique : l’hybridité malgache (Dr Juvence Ramasy). Enfin, on rappellera les nombreux livres de feu Sylvain Urfer (s.j.).

Penser sans peser...

Il est vrai que les politiciens se méfient des intellectuels, à qui ils reprochent de ne pas être assez malléables et d’avoir la fâcheuse idée de faire usage de leur esprit critique, à contresens du solelakisme ambiant. Dans les cercles au pouvoir depuis 1960, on leur préfère les courtisans qui applaudissent à tort et à travers, et les faux comptes rémunérés pour de la propagande sans dignité sur les réseaux sociaux. On voit tous le résultat, 66 ans après le retour à l’indépendance. Quand les dirigeants s’enivrent de bravos mercis, ils perdent automatiquement leur lucidité, jusqu’à ce que la Place du 13 mai leur ouvre les yeux. En attendant, ils ne dédaignent pas d’intimider les intellectuels qui parlent un peu trop à leur goût, comme récemment Harotsilavo Rakotoson.

Depuis des décennies, la société civile, dont font partie les médias, produit et partage également des réflexions à la pertinence incontestable, mais auxquelles la classe politique ne s’intéresse pas, alors qu’elle devrait être la première à être attentive. La raison est simple : les politiciens ne prêtent attention qu’à ce qui peut les rapprocher du pouvoir puis à les y accrocher. Autant dire qu’ils sont peu enthousiastes devant les chevaux de bataille enfourchés par la société civile : moraliser la vie publique, contrôler les financements politiques, assainir le système électoral, et bâtir les piliers d’un véritable état de droit.

Au niveau de la rédaction de Madagascar-Tribune.com, nous rappelons avec humilité mais conviction que depuis janvier 2009, les différents éditorialistes de Madagascar-Tribune.com ont accumulé plus de 1 500 articles, dont 90% signés par le quatuor Patrick A., Ndimby A., Patrick “Pitch Boule” Rakotomalala et Ikala Paingotra. Sans oublier ceux qui ont à un moment honoré la rédaction de leur signature avant de la quitter pour diverses raisons, parmi lesquels l’oncle Georges Rabehevitra, Sevane, Anthony Ramarolahihaingonirainy, ou les regrettés Mireille Rabenoro, Jean-Pierre Domenichini et Citoyenne malgache. Certaines signatures étaient plus engagées que d’autres, mais toutes répondaient à une saine envie patriotique de dénoncer les atteintes à la démocratie et à la bonne gouvernance, quels qu’en aient été les auteurs. Il s’est juste trouvé que de 2009 à 2025, c’était principalement Andry Rajoelina qui dominait l’actualité et les décisions prises.

Pas silencieux, mais peu écoutés

On entend souvent des critiques acerbes contre les intellectuels malgaches, les accusant de silence et de compromissions. Il faut toutefois distinguer le silence et l’absence d’écoute. Il suffit de faire l’inventaire des thèmes traités par les communiqués publiés depuis des années par le Kmf-Cnoe, le mouvement Rohy, le Collectif des Citoyens et des Organisations civiles (CCO), voire, en élargissant le spectre, la Conférence des évêques de Madagascar, pour ne citer qu’eux.

La courroie de transmission devant apporter les idées des intellectuels jusqu’aux citoyens fonctionne mal. Compte tenu du niveau d’éducation d’une grande partie de la population malgache, les intellectuels sont au mieux incompris et, au pire, méprisés : « misavoana », « miseho milay », « miseho azy ho intello ». Autant de petits mots doux qui traduisent parfois de la jalousie, mais aussi une profonde défiance. Dans un tel environnement qui prône le hazo avo halan-drivotra comme principe et le fanetrehan-tena comme vertu, il est compréhensible que les intellectuels hésitent à s’afficher comme tels.

Finalement, malgré leur qualité, les éclairages des penseurs qui essaient d’élever le débat ont le goût de la masturbation intellectuelle. Idées pertinentes, propositions brillantes mais sans impact. Ignorés par les politiciens, inaudibles pour les citoyens : les cercles intellectuels parlent quasiment dans un vase clos, car ils peinent à trouver un langage qui touche la population, alors que c’est d’elle dont il s’agit.

Le nombre d’abonnés sur Facebook est un indicateur clair de l’évidence en matière d’impact quantitatif et de l’écart de visibilité. Sur Facebook, la page du Think Tank Diapason affiche 2 900 abonnés, celle du mouvement Rohy 13 000, et celle de Madagascar-Tribune.com 19 000. Tout ceci est très loin des chiffres de la page du révérend Médar Rabetombo (59 000 abonnés), de celle de Marc Tatandraza (160 000), de celle de Syntia surnommée « lol pr » (418 000) et de celle des vidéos amusantes d’Antoni’s (1 000 000). Les « influenceurs », aussi fantasques et vulgaires soient-ils, réussissent là où les intellectuels échouent : savoir toucher la population. La compétence académique ne produit pas automatiquement de l’influence sociale.

Les intellectuels malgaches sauraient-ils capitaliser « L’autorité morale acquise par le talent et le savoir » [3] pour se positionner, co-écrire et co-signer un texte qui ferait figure de hafatra pour les organisateurs et les participants à la Conférence nationale ? Mais on peut sincèrement se demander à quoi cela servirait dans un pays où la Présidence de la Refondation donne de l’importance à un individu comme Tatandraza lors d’un dialogue politique officiel. Il ne s’agit pas ici d’un quelconque mépris de classe, mais d’un constat lucide quant à la possibilité d’élever le débat, alors que le populisme ne cesse, depuis 2009, de faire sombrer la pratique politique dans la désillusion et le ridicule.

Notes

[1Il faut toutefois rendre justice à un groupe d’enseignants-chercheurs de la Faculté des lettres et des sciences humaines (FLSH) de l’Université d’Antananarivo qui ont organisé une table ronde intitulée « Autour des enjeux de la Refondation », et en ont remis les actes au Premier ministre Mamitiana Rajaonarison en mai dernier.

[2Cela écarte les intellectuels autoproclamés sur le seul critère d’avoir un jour fréquenté l’université, mais qui se regroupent fièrement dans des associations d’intellectuels de tel ou tel endroit.

[3SIRINELLI J.F., Intellectuels et passions françaises : Manifestes et pétitions au XXe siècle, Fayard, 2014.

7 commentaires

Vos commentaires

  • 14 septembre à 11:51 | vazaha (#9399)

    Bonjour a Tous et Toutes,
    Je remercie ces rares intellectuels qui ont pris la peine ou le plaisir de nous laisser des editoriaux et autres tribunes libres et articles écrits avec talent et rigueur, dans des styles qui rappellent la qualité de l’education publique et catholique des années 60 , 70, 80. Rien a voir avec Facebook et les produits des fausses vraies universités privées qui pullulent beaucoup partout et que les ministeres de tutelle valident a tour de bras pour des raisons souvent malhonnêtes.
    Combien de fois na t on pas cité les grands hommes politiques de ce monde, et les grands intellectuels qui ne cessent de citer l’education nationale comme base et fer de lance du développement économique, social, scientifique et technique du monde entier. Mais les politiques a courte vue semblent toujours l’emporter , en tout cas a Madagascar, faute de dirigeants éduqués, cultivés, sensés et éclaires.
    Cela restera toujours ainsi tant que le budget national consacre si peu de moyens financiers, humains , materiels et infrastructurels a l’enseignement a tous les niveaux et a la recherche.scientifique.
    La priorisation des besoins et la planification des actions a mener s’imposent plus que jamais : éducationet formation, santé publique, Infrastructures routières, ferroviaires, et fluviaux, reseaux d’rrigation des plaines, électrification des territoires. Si on se donne les moyens au moins pour ces priorités, le changement en 10/20 ans serait plus que visible. Encore faut-il aussi que les programmes qui en découlent soient exécutés avec succes sans les blocages administratifs habituels.
    On a l’air de se plaindre trop du manque de moyens financiers, mais deja avec une bonne et rigoureuse gestion du peu quon a, la situation économique et social aura fait un bond en avant grâce aux impacts des résultats des structures d’exécution de ce vaste chantier national.
    Car l’action publique sera toujours suivie des initiatives privées et les investissements en tous genre qui n’attendent que lemergence dune politique nationale intelligente..
    Tout ceci a l’air facile a dire et dune simplicité infantile. Mais qu’est-ce qu’on attend ?

    Répondre

    • 14 septembre à 11:54 | vazaha (#9399) répond à vazaha

      Rectification : enfantine et non infantile

    • 14 septembre à 11:54 | vazaha (#9399) répond à vazaha

      Rectification : enfantine et non infantile

    • 14 septembre à 13:09 | canal baobab 13 (#11848) répond à vazaha

      Baptisé catholique à gimel les cascades ( enfin on m a dit hihihi) je suis assez voir très fier de mes origines de la gaillarde Corrèzienne mais...je sais que le problème la gènese du déclin français est décrété par ce ptin de tyran louis 14 avec la fin de l edit de nantes...la révolution ( pas finie pas hihihi) le siècle suivant débouchant sur la mise au pouvoir du romain( dans les couilles de son viok) le napoléone buonaparte sonnant le glas de la domination française déjà militaire c est bien simple à part la contre attaque organisé par Gallieni lors de la bataille de la Marne nous perdons systématiquement contre des armées occidentales et pour causes la fuite des sciences à la fin de l edit de nantes et l exil de nos protestants 200.000 rien qu à Berlin 200.000 huguenots de tzanou rien qu à Berlin et si donc si je sais où la gènese du déclin français avec l hégémonie la religion catholique et ses dégénérés révolutionnaires vendus aux frics jésuites qui guillotinent notre dernier vrai numéro 1 scientifique lavoisier au nom de " la révolution n a pas besoin de scientifiques" ...je n oubli que les protestants ont tiré de gimel les cascades sur Tulle ma ville de coeur...
      Ville gros bourg mais préfecture quand à gimel les cascades ou les poum sont baptisés et enterrés a part celles entre la Zambie le Zimbabwe le Botswana et la Namibie j en connais pas d aussi jolies...mais je m égare quoi ça je voulais dire dans ma plainte contre la sœur du ministre de l éducation à ratsiraka qui s équipe en Californie chez le numéro un mondial de l ingénierie en machine pour l or j écris ( février 2008) à riboulet doyen des juges d instruction qui m a convoqué en mai 2007 le lendemain de joe dalton que de tête naturellement les sommités du barreau sauront nier les faits produire des faux porter plainte en diffamation mais ce processus menant à une relaxe sans vagues si vous utilisez riboulet ( j ai du écrire monsieur le doyen hein ) les paramètres de réussite dont vous disposez en réalité et en premier lieu le concours des autorités américaines devant lesquelles mentir est une dicipline risquée ou dangereuse ces marioles de magistrats sachants fort bien le parjure devant un juge yankee c est zonzon automatiquement j ai beaucoup mieux tourné ma lrar à ce ptin de mac loge vaticane...en février 2008..
      Il est midi bon appétit ma plainte est facile à trouver sur le réseau sinon si on me demande gentiment je l écris ici pas de souci ..mais gentiment car ce sera supplice recopier en même temps j’y pense j ai envoyé une copie au bianco hohoho

  • 14 septembre à 14:50 | Jipo (#4988)

    Salama djiaby .
    Toujours un plaisir de vous lire , .
    Vous posez le doigt là ou il faut et dévoilez le pot aux roses à savoir que la majorité des prétendants à la magistrature sont loin et souvent plus : des " Intellectuels" ou Universitaires à part peut être Zafy, tous les prétendants n’ ont jamais fait de grandes études ce qui ne prouve strictement rien nous en avons la cruelle et édifiante démonstration chez Renimalala ou toutes ces "élites/énarques" qui sortent des écoles les plus prestigieuses démontrent par leur déconnexion totale tant avec les arcanes du pouvoir que avec les populations qu’ ils prétendent représenter & administrer le mozart de la finance comme T.Breton sont les spécimens les plus représentatifs !
    Il ne suffit pas d’ avoir la tête bien pleine pour diriger ou gouverner .
    Ce qui ne dérange cependant en rien que ces derniers contrairement à certains ne possèdent un minimum tant d ’ éducation que de culture .
    Ravalomanana pour ne citer que lui aura eu au moins la fibre d’ un dirigeant meme si la corruption qui va de pair avec ces sphères aura eu gain de cause de son initiale intégrité et patriotisme .
    Son successeur avec la fibre du commerce en moins en a fait la plus belle démonstration ( bien que l’ on ne puise comparer les 2 entités totalement à l’ opposées) .
    Donc oui les intellectuels doivent participer du développement du Pays, aux réunions ministérielles avec leurs mots à dire , ce que les politiques ne semblent pas disposer à partager , là réside le clou dans la chaussure et c’ est bien compréhensible que des incultes ,des arrivistes ou des parvenus craignent de se faire ridiculiser par des compatriotes plus instruits , au pire de se faire taper la pige voir voler la place .
    Le gateau est un plat qui se partage difficilement et si un intellectuel est capable de l’ entendre, une coquille vide en est tout simplement incapable , et hélas, Dieu sait si elles sont nombreuses ...
    Le contraire se saurait si ce n’ est : interdit ?

    Répondre

  • 14 septembre à 16:05 | canal baobab 13 (#11848)

    Un con qui marche va toujours plus loin qu un intellectuel assis est une des morales du film un taxi pour tobrouck
    Saint jojo le parigo s’y file depuis hihihi voui je reviens au post de vaza qui pleure le bon vieux temps des écoles catholique et j’y dis que tant que dans le code pénal art 313 ( 12345etc ) il est tellement epaix que ce pauvre bougre aurait pas fini de le lire avant mercredi ou jeudi bref tant qu il y aura " le mensonge n est pas considéré comme une manœuvre frauduleuse "
    Et accrochez vous " même produit par écrit le mensonge simple ( ou le simple mensonge) n est pas etc bref voilà pourquoi la France plonge et heureusement que j ai 2 constats d huissiers à charge la ploutocratie derrière ma spoliation et leurs ptins d avocats !
    Pour finir bismark après ce ptin de putschiste napoléon 3 lui déclare la guerre avait fait le constat que la France était malade pourrie par sa PLOUTOCRATIE ET LEURS AVOCATS
    A pas fini le taf Otto avec les cliques versaillaises et voilà le résultat 2 guerres mondiales plus tard et gare car c est les mêmes et ont la bombe..et sont capables car leurs maîtres à Londres sont pas prêts à lâcher la manche de la gouvernance mondiale...
    Gouvernance occidentale Trump n est pas plus maître chez lui que moi à la banne d ordanche mais il peut compter sur les Russes
    Et moA sur les gasy hihihi sisisi les vilains et des gentils

    Répondre

  • 14 septembre à 18:51 | Turping (#1235)

    Les propos répétitifs abêtis .
     Quand la politique ou faire la politique en faisant semblant de faire ceci faire alors que le but c’est d’assouvir à ses besoins égocentriques personnels de ceux ou celles qui gravitent le pouvoir , on tourne en rond et la boucle est bouclée .
     L’absence des vrais programmes sociétaux comme arguments et de lutte qu’on mène au quotidien dans l’accomplissement des actes réels ,tangibles pour les intérêts collectifs font défauts (améliorations des infrastructures , les programmes sécuritaires au sens large du terme ,résolutions des problèmes énergétiques ,les délestages ,l’adduction en eau potable ,.....le système éducatif ,la santé ,etc........).La liste n’est pas exhaustive et longue .
     La politique po.litichienne qui tourne aux rafistolages et les règlements de compte ,coups d’état successifs sans stabilité pérenne .Les résultats sont là dans un système corrompu .Il n’ y a pas photo !

    Répondre

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