Il y a des chiffres qui ont la rondeur tranquille de l’évidence. Voilà ce qu’a offert, un matin, un post sur la page Facebook du président de l’Assemblée nationale : deux nombres alignés comme des médailles. 807 000 abonnés. 97 % d’opinions favorables. Et un message limpide, qui s’en dégage tout seul : Siteny est un homme apprécié. Aimé … plébiscité… porté. Les 900 000 followers déjà à portée de main.
On pourrait s’arrêter là, hocher la tête et passer son chemin, comme nous le faisons mille fois par jour devant ces indicateurs abstraits qui ont remplacé le suffrage. 800 000 followers, why not … La page Andry Rajoelina en compte 1,2M … Pour ce que ça lui a servi … Quant à RA8, à titre indicatif, il en recense 1100.
Mais le 96 % interpelle. Quatre-vingt-seize pour cent de gens contents… d’un homme politique ? À Madagascar ? En 2026 ? Dans un pays qui n’est pas sorti de l’effondrement, qui se déchire sur la rue et les treillis, sur Base Toliara, sur les amitiés russes et les financements de Dubaï ?
Il y avait matière à douter. La politique, par construction, divise, clive, agace. Un score d’unanimité soviétique — tiens donc — ne décrit jamais une opinion. Il décrit une mise en scène…
La descente dans la salle des machines
Il ne fallait pas m’interpeller… J’ai donc fait cette chose incongrue à l’ère du zapping : j’ai cliqué, cliqué, cliqué. Non pas sur le score — mais sur les profils censés se presser derrière. Le post était une « belle bête » : 9 100 like, 2 000 commentaires, 259 partages. J’ai relevé à la main strictement les soixante premiers commentateurs : nom, sexe, date de création, nombre de followers ou d’amis, nombre de publications. Boulot de greffier — l’ennui méthodique de celui qui compte les fagots pendant que les autres admirent le feu.
Et se révèlent des fissures. Première fissure : les dates de création. Une grappe entière surgie de nulle part entre fin 2025 et début 2026. Huit en décembre. Onze en janvier. D’autres en février, mars, avril. Une quarantaine de profils flambant neufs, peu d’abonnés, peu de publications, éclos juste à temps pour la fête… des taux d’adhésion qui contredisent un nombre de publications dérisoire…
Or Siteny n’est pas un nouveau-né de la vie publique : voilà plus de dix ans qu’il l’arpente. Une vraie audience se sédimente par couches, par années. Celle-ci était tombée d’un coup. Comme un décor qu’on déballe avant la première.
On n’avait pas une foule de partisans, mais un peuplement : des coquilles vêtues de minois empruntés ou rêvés par un algorithme, alignées pour faire nombre… faire consensus.
Seconde fissure, plus dérangeante. Une très grande partie de ces profils arboraient des portraits de jeunes femmes… Invariablement séduisantes… Soigneusement « typées » … Normal : ça maximise l’acceptation des demandes d’amis et le taux de clic.
Sauf que ces femmes n’existent pas : les unes sortent de banques d’images, les autres sont fabriquées par intelligence artificielle… et sans génie — cette anatomie qui se dérobe dès qu’on insiste du regard, ces ratés que la machine laisse traîner. Un profil masculin aussi, beau garçon de catalogue. Sur les premiers profils passés au crible d’une recherche d’image inversée : trois sur quatre, FAUX. On n’avait pas une foule de partisans, mais un peuplement : des coquilles vêtues de minois empruntés ou rêvés par un algorithme, alignées pour faire nombre… faire consensus.
Soyons honnête… Tout n’était pas faux : j’y ai aussi croisé de vrais comptes, anciens, vivants, parfois critiques même. La page mêle les deux, une audience réelle et une amplification artificielle qui la grossit. Je pèse mes mots : j’établis qu’on gonfle, je n’affirme pas qui « souffle dans le ballon ». Il s’agit de documenter un fait, pas une intention… et laisser à d’autres le soin des procès. Mais le fait, lui, tient debout.
L’art de vaincre sans combattre
Reste la question : pourquoi peupler une page d’avenants avatars avenants ? Il faut redescendre de vingt-cinq siècles, jusqu’à Sun Tzu, qui consignait dans L’Art de la guerre la phrase qui éclaire tout : « L’excellence suprême consiste à soumettre l’ennemi sans combattre. » Le faux consensus comme ici ne cherche pas à convaincre — il cherche à dissuader l’ennemi, le concurrent. Ces 807 000 abonnés, ce mur de commentaires laudateurs ne sont pas un argument : ils sont un rempart.
Le message n’est pas « voici pourquoi cet homme a raison »… Le message dit : « regardez comme il est déjà puissant ». À quoi bon s’y opposer ? Vous seriez seul. Vous seriez ridicule. Rentrez chez vous. La bataille est gagnée avant d’être livrée, sans un coup, par la seule mise en scène de la force.
« la preuve sociale » : face à l’incertitude, l’humain se tourne vers ses semblables pour décider quoi penser. Le nombre devient boussole.
Le ressort logé dans nos têtes
Le plus gênant, c’est que cela fonctionne — parce que la manœuvre ne s’attaque pas à nos opinions mais à des mécanismes que nous portons tous de manière anthropologique, planqués sous la raison. Le premier mécanisme, les psychologues le nomment « la preuve sociale » : face à l’incertitude, l’humain se tourne vers ses semblables pour décider quoi penser. Le nombre devient boussole. « Beaucoup approuvent, donc ce doit être bon. » Notre jugement, paresseux et grégaire, délègue à la foule le soin de trancher. Même quand la foule est en carton-pâte.
« la spirale du silence ». Qui se croit minoritaire se tait, par cette peur ancestrale de l’isolement, souvent plus forte que la conviction.
Le second mécanisme est plus retors : « la spirale du silence ». Qui se croit minoritaire se tait, par cette peur ancestrale de l’isolement, souvent plus forte que la conviction. Et chaque silence épaissit l’illusion majoritaire, qui fait taire le suivant. Le faux consensus fabrique du vrai silence à partir de faux applaudissements. À ce stade, la machine peut s’arrêter de tourner : elle a fait son nid dans les têtes et s’entretient toute seule.
Notre sociologue de référence, Gérald Bronner [1], a donné un nom savant à ce peuple de figurants : « le calibrage social », cette manière dont les réseaux faussent notre perception de qui est majoritaire. Sur le marché cognitif qu’il décrit, on ne truque plus seulement l’information — on truque la popularité. Et notre cerveau, dans sa grégarité ancestrale, y mord à plein neurones. C’est ainsi qu’on gagne sans combattre : non pas écraser l’adversaire, mais le persuader, doucement, qu’il a déjà perdu.
Le contre-poison était à portée de clic
Que faire, alors, devant un décor qu’on sait enfin reconnaître ? La réponse, ironie délicieuse, gît dans le même vieux livre. Car le stratège qui enseignait la ruse enseignait aussi son remède : « Connais ton ennemi et connais-toi toi-même, tu ne seras jamais en péril. » La parade à Sun Tzu, c’est de nouveau Sun Tzu : la connaissance. La vérification. Le refus obstiné de prendre le compteur pour la vérité.
La démocratie numérique nous a vendu une promesse empoisonnée : la mesure comme vérité, le « like » comme bulletin.
Et ce que j’ai fait ici n’a, je le confesse, rien d’héroïque. C’est lent, laborieux, presque sot… Cliquer. Regarder les visages. Noter des dates sur un tableur. Glisser une photo dans un moteur de recherche inversée. Voilà tout l’arsenal — et c’est parce que personne ne prend ce temps que la mise en scène prospère. La démocratie numérique nous a vendu une promesse empoisonnée : le nombre comme vérité, le « like » comme bulletin. Mais le nombre ment aussi bien qu’il parle — d’autant mieux, désormais, que les visages s’achètent au kilo… et se génèrent à la commande. Bien sûr, beaucoup sur les réseaux sociaux se cachent derrière de faux portraits … C’est le modèle systématique qui interroge.
On rode les outils, on calibre les fermes à comptes, on apprend à fabriquer de la ferveur. Pour le jour où il faudra fabriquer un vainqueur.
Que révèle, au fond, cette petite industrie du faux applaudissement ?
Un mépris. Tranquille, presque administratif, de l’électeur. Fabriquer un consensus, c’est parier que personne ne vérifiera. Que les Malgaches gobent les chiffres ronds comme une rumeur de marché. Bref : qu’on nous prend pour des imbéciles. Et le calendrier donne à ce mépris toute sa saveur : 2028 approche. Ce n’est probablement pas une lubie de communicant en mal de likes, mais un banc d’essai : on rode les outils, on calibre les fermes à comptes, on apprend à fabriquer de la ferveur. Pour le jour où il faudra fabriquer un vainqueur.
Le citoyen qui doute, qui clique, qui compte les fagots pendant que les autres admirent le feu, exerce la fonction la plus démocratique qui soit : la contradiction
D’où la seule parade qui vaille, et elle n’a rien d’héroïque : la vigilance…Têtue, permanente, ennuyeuse. Vérifier ne doit plus être un réflexe de paranoïaque… c’est un devoir civique. Dans un espace où la popularité se truque aussi facilement qu’une photo de profil, le citoyen qui doute, qui clique, qui compte les fagots pendant que les autres admirent le feu, exerce la fonction la plus démocratique qui soit : la contradiction. Celle qui empêche le décor de passer pour la réalité.
Une démocratie ne meurt pas seulement sous les coups de force… elle s’étiole aussi sous les consensus fabriqués, faute de voix pour dire « ces chiffres mentent ». Le contre-pouvoir tient dans un geste minuscule et obstiné : refuser de croire sur parole. Et le répéter. À chaque chiffre trop rond, à chaque unanimité trop belle. Jusqu’aux urnes — et après.
Par Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule) Mai 2026
Les Chroniques de Ragidro
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Vos commentaires
Félicitations d’abord pour votre travail ensuite pour votre analyse.
Des personnes comme vous, maintiennent la petite flamme de l’espoir pour ce pays.
Je rajouterai qu’un jour le vote électronique sera la règle et ce jour là les derniers restes de la démocratie seront vraiment en péril.
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Corrigé
Niveau de VIE
ET non de vue
Tres grand merci Pitchboule !!!!
De fournir un travail très fouillé sur la MANIPULATION INSTITUTIONNALISEE,
système quotidien sous Rajorlina.
Système reconduit par le forongony SITENY.
Le forongony SITENY aggrave encore plus le système défaillant,
en ajoutant un support RUSSE à la méthode de manipulation.
Comme :
Magnifier la LOI DI MENSONGE en affichant l’envoi d’INFLUENCEURS A MOSCOU pour se former à la méthode mensongère de Poutine.
POURQUOI PAS EN COREE DU NORD ?
Quand on aime, on ne compte plus...
Ou encore
HURLER pour la défense de TOUS LES KARANAS :
Afin de DEDOUANER SES SPONSORS MAFIEUX
MILLIARDAIRES KARANAS CORRUPTEURS ET CORROMPUS FOZAS
(AKBARALY, HIRIDJEE, FILATEX)
**** SITENY MENACE pour défendre cette racaille karana...
pour leur épargner les POURSUITES JUDICIAIRES qui se doivent pour les mafieux ,comme pour RÂVATOMANGA ou RAJOELINA.. ou N’TSAY
A cette différence que :
1- POUTINE
est un bébé du KGB : il n’a connu et ne comprend que l’esprit KGB
2- SITENY
n’est qu’un vulgaire ARRIVISTE ACHARNE PRET A MORDRE A TOUT RÂTELIER, ( dont orange)
sans aucune conviction ,
sans aucune ligne politique
Seule compte la règle du TPPM
( TOUT POUR LA POMME)
Il roule pour lui seul.
3- En Russie
les ressources minieres et surtout pétrolières, (tout en faisant de Poutine un très gros milliardaire)
ont permis D’ÉLEVER DE MANIERE SIGNIFICATIVE LE NIVEAU DE VUE DU PEUPLE depuis L’URSS.
( ne pas oublier qu’il y avait encore de la famine sous Staline)
**** Donc quoi que fasse Poutine,
tant que le PEUPLE MANGE À SA FAIM : il ne se révoltera pas...
SAUF s’il ’y a vraiment PÉRIL en la demeure....
4- A Madagascar
Le peuple (80%) est réduit à la plus grande pauvrete par Rajoelina....
2005 aurait été un mirage d’espoir.
SITENY DETRUIT CET ESPOIR POPULAIRE
pour piller davantage le pays , plus encore que Rajoelina.
LA EST SA FAUTE POLITIQUE :
— SA VEULERIE ET SA PRETENTION DÉMESURÉE
déniant le contexte sociologique.
**** LA BOMBE SOCIALE EST ARDENTE
Et SITENY veule , aveuglé par son ambition démesurée et
surtout PEU INTELLIGENT....s’emballe.
Croyant pouvoir tout se permettre.
Michael Randrianirina n’est que son petit toutou particulièrement naïf.
**** naïveté = danger politique
Siteny croit sans doute au soutien russe.
Comme Rajoelina avec le soutien français .
Mais
La France
a une tradition historique d’imperialisme politique
Alors que L’URSS
était un empire de steppes.
La Russie de Poutine n’a que l’expérience et le langage de la force et ses limites.dans le temps...
Dommage que Randrianirina qui parlait de Multilatéralisme au départ.
se laisse phagocyter par SITENY et sa sphère mafieuse familiale (Onitiana, Briand, KOUFALY Daya etc...)
Il n’y a pas de gouvernance,
mais de GESTION D’INTERETS PARTICULIERS
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Une analyse aussi répétitive que peu convaincante, qui se contente de caricaturer sans jamais éclairer.
Une ième démonstration magistrale de l’art de dire beaucoup, de rien.
Parceque le troll petitr main,
OS du quai d’Orsay., manque d’argument.
Merci, merci Lalatiana, c’est vraiment génial et informatifs à souhait...
Le gars de Tsinenge croit à tort qu’il pourra tromper et mener en bourrique les électeurs avec de telle manière...
Ça va s’empirer encore une fois que les employés de la CENI en formation en Russie actuellement seront à l’œuvre...
Qu’est-ce qu’il disait déjà le président de la CENI ? Les résultats des élections seront connus en quelques jours avec l’aide de satellites Russes...
Des extra-terrestres vont faire basculer les résultats, et entre temps, la présence de foule compacte en liesse assistant à la prestation d’artistes dans les stades comme preuve à l’appui...
Le Calife 6 ème d’âne et champion de cas ratés, leader, dealer plutôt, africain de 2024, n’est plus dorénavant qu’un vulgaire amateur en matière de tromperies et manipulation de masse...
Son poulain est opérationnel maintenant, la différence, c’est la touche Russe dans la fabrication du consentement...et dans les brousses éloignées, c’est le kalachnikov qui fera le reste en matière de persuasion...
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Bonjour Patrick et merci pour cet excellent travail et édito !.
Bon courage !.
@+ ( et longue vie à "Ragidro").
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